Un article sur la probable annulation du scrutin législatif de notre circonscription
Médiapart a publié cette semaine un article sur la situation dans notre circonscription dans l'attente de la décision du conseil constitutionnel suite au recours déposé par la candidate d'extrême-droite.
Si la fraude est avérée, des bouleversements sont à attendre...
voici l'article de Médiapart :
Hénin-Beaumont : le risque d'une annulation de la législative fait trembler la gauche
PAR MARINE TURCHI
ARTICLE PUBLIÉ LE VENDREDI 5 OCTOBRE 2012
Et si Hénin-Beaumont retournait aux urnes pour élire à nouveau son député? Dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, l’idée effraye la gauche, qui attend avec un mélange d’impatience et de crainte la décision du Conseil constitutionnel sur le recours en annulation du Front national, qui doit intervenir dans les semaines qui viennent.
En juin, le socialiste Philippe Kemel avait en effet battu Marine Le Pen de seulement 118 voix. Mais le Front national avait déposé un recours en annulation. En cause notamment, selon le parti lepéniste: « des distorsions inquiétantes de signatures entre le premier et le second tour dans les bureaux de vote de Carvin et Libercourt », deux des quatorze communes de la circonscription. Voilà le chaudron Hénin-Beaumont de nouveau en ébullition. Cette semaine, un article de Marianne expliquant que « neuf élections législatives pourraient être annulées », parmi lesquelles la 11e circonscription du Pas-de-Calais, a retourné élus et militants. L’hebdomadaire y annonce la « possible revanche du match Jean-Luc Mélenchon-Marine Le Pen ». Au Conseil constitutionnel, la directrice de communication rappelle que les sages « n'ont pas encore délibéré » et que la décision sera prise « en fonction des rapports d’enquête des magistrats instructeurs ». Il n'empêche, ce recours a fait naître « les plus grandes craintes au sein de la famille socialiste », rapporte La Voix du Nord. « Il y a beaucoup d’inquiétudes, même si on a en réalité très peu d’éléments pour juger », raconte à Mediapart Pierre Ferrari, militant socialiste exclu du PS pour avoir critiqué la fédération, et soutien de Mélenchon aux dernières législatives. Peu de socialistes s’expriment sur le sujet, ils restent discrets. »
Localement, le Front national a abondamment relayé les soupçons de fraudes, évoquant des irrégularités sur 70 voix. Mais selon David Noël, secrétaire de la section communiste d’Hénin-Beaumont, « les mauvais échos ne viennent pas seulement du FN ». « Tout ce que j’entends est très négatif. Sur les blogs, on lit beaucoup de commentaires disant “ça sent le roussi”. Plusieurs témoignages racontant des fraudes me reviennent », explique-t-il, tout en nuançant: « Les rumeurs s’auto-alimentent sans doute aussi. »
Le Conseil constitutionnel se penchera notamment sur les croix inscrites sur certaines listes d’émargement, à la place des signatures des votants. « Il y a en effet trois ou quatre croix, reconnaît Philippe Kemel, qui invoque « une tradition du bassin minier »: « Chez nous, ceux qui ne savent pas signer font une croix. Vous savez, il y a 18% d’illettrés en France. »
Quant aux accusations portant sur des anomalies de signatures entre le premier et le second tour, Philippe Kemel a une explication très technique: « Les personnes en question ont confirmé qu’elles avaient bien signé. Simplement, au premier tour vous avez vos lunettes, au deuxième tour, vous ne les avez pas et vous signez différemment. On a aussi une conseillère municipale qui a un problème au bras, qui se paralyse, donc sa signature varie. Les attestations ont été fournies au Conseil constitutionnel, il n’y a pas d’irrégularités dans les signatures.» Après notre conversation, Philippe Kemel nous rappelle: « Vous savez, dans tous les scrutins de France et de Navarre, il y a des différences de signatures entre le premier et le second tour, dans tous. »
Certains témoignages sont tout de même troublants. Comme celui d’Odette Dauchet, maire communiste de Carvin pendant seize ans, battue par Philippe Kemel en 2001. Il y a un mois, elle reçoit un coup de téléphone du député socialiste, désireux de retrouver les votants dont les signatures sont différentes entre les deux tours, afin d’obtenir des attestations.
« Il m’a dit que la signature de deuxième vote de ma belle-fille n’était pas identique à celle du premier. Je lui ai dit : “Ça m’étonnerait, parce qu’elle n’est pas allée voter.” Il y a eu un blanc au téléphone. » Lors d’un second coup de fil, Philippe Kemel invoque une « erreur » dans le numéro du votant et affirme à Odette Dauchet qu’il ne s’agissait pas de sa belle-fille.
Ecoutez le témoignage d’Odette Dauchet:
Sur mediapart.fr, un son est disponible à cet endroit.
Une version confirmée à Mediapart par Philippe Kemel, qui apporte des arguments que ses détracteurs jugent « tirés par les cheveux ». « Le mémoire de recours du Front national fournit les numéros des votants et non leurs noms. Lorsque nous avons regardé les signatures sur lesquelles il y avait des anomalies, une dizaine de numéros donnés par le FN ne correspondaient pas à ceux des listes électorales. Leurs affirmations ne sont pas justes, donc nous sommes très confiants ». Contacté, le Front national n’a pas donné suite à nos demandes.
« Ce serait une catastrophe pour l’image de la gauche »
Ces soupçons ont en tout cas suffi à inciter le rival socialiste de Kemel, Jean-Pierre Corbisez, à se poser en éventuel recours. Président de la communauté d’agglomération, maire de Oignies, Corbisez a récemment commandé un sondage Ipsos. Officiellement dans la perspective des municipales de 2014. Mais l’un de ses proches, cité dans La Voix du Nord, explique que cette étude visait aussi à prendre le pouls de l’opinion « dans le cas, fort probable, où le scrutin législatif serait annulé sur la 11e circonscription et où l’actuel député Philippe Kemel ne se retrouverait pas en position de pouvoir repartir. Jean-Pierre pourrait alors être l’homme providentiel. Reste juste à savoir si, dans ce cas de figure, ce serait une bonne stratégie qu’il y aille. Et ça, c’est une autre histoire!»
« Si le parti me le demande et qu’il y a un bon tandem, j’irais », explique à Mediapart Jean-Pierre Corbisez, tout en précisant que son « voeu le plus cher, c’est qu’on ne retourne pas aux élections. » Selon La Voix du Nord, ce tandem pourrait être formé avec Marine Tondelier, figure montante d’EELV et candidate aux dernières législatives, « au cas où l’image du PS serait trop ternie ».
Ce n’est pas la première fois que Philippe Kemel est accusé de triches. Lors de la primaire pour l’investiture aux législatives, Jean-Pierre Corbisez avait déposé un recours, trouvant louche que la section de Carvin, ville de Kemel, soit passée « de 140 à 293 adhérents en moins de dix mois ». La fédération socialiste avait alors tranché en faveur de Kemel.
Après les affaires qui ont secoué le PS du Pas-de- Calais cette année et l’ouverture de plusieurs enquêtes préliminaires, après les accusations de fraudes à l'encontre de la fédération du Nord en 2008, une annulation de l’élection de Philippe Kemel serait un coup de massue pour le PS local. «Je crains de voir une nouvelle élection arriver, on a conscience que Philippe Kemel est passé de justesse et que le contexte sera beaucoup plus compliqué qu’en juin », estime le socialiste dissident Pierre Ferrari.« Ce serait très compromis pour les socialistes, ils auraient l'étiquette “tricheurs”
sur le front. Ce serait une catastrophe pour l’image de la gauche et de la démocratie, et une porte ouverte au Front national », se désole David Noël, secrétaire de la section communiste d’Hénin-Beaumont. « Si l’élection était annulée, cela voudrait dire d’une part que Marine Le Pen l’a gagnée, d’autre part que Philippe Kemel a triché. On ne pourrait pas faire meilleur cadeau à Marine Le Pen, ce serait désastreux », observe François Delapierre, ancien directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon et secrétaire national du Parti de Gauche. « Si ces fraudes sont avérées, on regarderait la campagne législative d’un autre oeil: pourquoi les résultats de Carvin sont arrivés avec cinq heures de retard? Pourquoi Philippe Kemel n’a-t-il pas fait campagne la dernière semaine? Ce serait la même technique qu’au congrès de Reims. » Dans une telle situation, « est-ce que le PS pourrait présenter le même candidat? » interroge-t-il. Philippe Kemel, lui, se refuse à commenter l’hypothèse d’une annulation: « Est-ce que si la Terre était carrée, elle tournerait? Vous êtes dans un roman, vous vous faites un scénario! » répond-il à Mediapart.
« Mélenchon n’a pas trop envie d’y retourner »
En cas d’annulation de l’élection, le PS ne serait pas le seul en situation délicate. Jean-Luc Mélenchon devrait retourner dans la marmite Hénin-Beaumont, où il a essuyé un échec dès le premier tour, après une campagne très dure (lire notre article). « Il n’a pas trop envie d’y retourner, croit savoir un cadre du Parti de Gauche. Il est dans une autre séquence, il a une série de déplacements prévus en Amérique du Sud. Mais ce sera dur de trouver un argument pour ne pas y aller. » David Noël pense lui aussi que «Jean-Luc Mélenchon n'est pas très chaud à l’idée de repartir au combat dans un tel contexte ». Mais il note que l'ancien candidat du Front de Gauche «est venu à Hénin- Beaumont en septembre »: « pour parler du traité européen (TSCG) mais aussi pour occuper le terrain dans la perspective d’une annulation éventuelle de l’élection ».
François Delapierre pense de son côté qu'une élection partielle serait « une énorme difficulté politique» pour le Front de Gauche. «En juin, on avait perdu, au premier tour certes, mais ça ne posait pas de problème. Si l’élection est rejouée, on serait face à un piège au second tour: si l’on se retrouvait à arbitrer un duel entre un candidat invalidé pour fraude et un candidat du Front national, que ferait-on? Comme en 2002,“ l’escroc plutôt que le facho”? On risquerait d’apporter la démonstration de ce que dit Marine Le Pen ».
« On traite les problèmes, les uns après les autres, on parlera de cette question quand elle se posera », temporise Eric Coquerel, autre dirigeant du Parti de Gauche, tout en « espér(ant) vraiment qu’aux affaires du PS dans le Pas-de-Calais ne s’ajouteront pas des tricheries. »
En cas d'élection partielle, deux solutions s’offriraient à Jean-Luc Mélenchon: se présenter comme « la gauche propre et sans casseroles », résume David Noel, ou « laisser la main à un candidat local, comme Hervé Poly (suppléant communiste de Mélenchon aux législatives et secrétaire fédéral du Pas-de-Calais– ndlr) ». « Tout est envisageable », « rien n’est encore décidé », répondent en choeur François Delapierre et Eric Coquerel. « Qui, à ce moment-là, sera le mieux à même de porter cette candidature? Aujourd’hui on n’a pas de réponse », affirme Coquerel.
Seule certitude pour les lieutenants de Mélenchon: « Il y a besoin d’une candidature Front de Gauche. » «Sur une affaire comme celle-là, c’est évident qu’on ne partirait pas avec une candidature de la gauche unie au nom de je ne sais quoi, ce serait le meilleur moyen d’ouvrir un boulevard à Marine Le Pen, ce serait contre-productif », dit Eric Coquerel.
Au PS comme au Front de Gauche, tous s’accordent en tout cas pour dire que si nouvelle élection il
y avait, « les conditions seraient beaucoup plus favorables à Marine Le Pen ». Hénin-Beaumont était jusqu’à présent conçu comme un « laboratoire du FN » par la présidente du FN, dans une stratégie de « conquête du pouvoir par l'échelon local ». La ville= est désormais envisagée comme un tremplin. « Notre objectif, c'est faire des Hénin-Beaumont partout en France », fanfaronnait récemment Florian Philippot, l’un des vice-présidents du FN.