Intervention de Manuel Tourbez pour le Débat d'Orientation budgétaire de Carvin
Conseil Municipal de Carvin
Débat d’orientations budgétaires / 14 avril 2014
Monsieur le Maire,
Chers Collègues,
Le débat d'orientation budgétaire est un moment important de la démocratie locale puisque c'est à ce moment que doivent être définis par l'assemblée la feuille de route municipale pour l'année et par conséquent les grandes orientations financières à définir pour élaborer le budget. Il convient de dresser un tableau de la situation globale, Carvin n'étant pas à l'écart du reste du bassin minier, de la région, du pays, de l'Europe et même du monde... C'est pourquoi, en avant propos, je tiens à préciser que si notre intervention aborde le contexte international et national, c'est pour le prendre en compte dans les orientations à défendre pour notre ville. La crise majeure que nous traversons, les Carvinois le subissent de plein fouet. Il faut que nous en soyons conscients pour répondre à leurs attentes.
Notre D.O.B. 2014 se déroule dans un contexte très difficile. Malheureusement, on le dit chaque année depuis 2009 et la situation reste figée, bloquée. La crise qui a débuté en 2008 se poursuit. Un constat s’impose et nous le déplorons : le changement de président de la République et de majorité parlementaire en 2012 et la politique menée depuis n’ont fait qu’aggraver la situation. La débâcle de la gauche aux élections municipales au niveau national et le changement de premier ministre n’ont été suivis d’aucune intention de modification du cap d’austérité. Ainsi, ont été annoncés, confirmés ou programmés de nombreuses mesures en faveur du patronat et des actionnaires. Pour eux, c’est Noël à Pâques et les milieux boursiers proclament : « nous attendions cette concrétisation avec impatience ! ».
Le nouveau premier ministre, dans le déni total de la misère sociale qui ronge notre pays, ajoute la purge à la purge. Plus un mot sur la « finance ennemie », rien sur la justice sociale et l’égalité, rien sur le pouvoir d’achat. Haro sur le salaire différé (comme les retraites, les allocations chômage...) avec l’exemption totale des cotisations pour un SMIC, ce qui va pousser le patronat à n’embaucher qu’à ce tarif bloqué depuis 5 ans. Cela va tirer tous les salaires vers le bas.
On est dans le « toujours pire » :
– Avec de nouveaux cadeaux au patronat, qui en reçoit déjà 230 milliards par an en exonérations fiscales, sociales et aides diverses, pour le résultat que l’on sait en matière d’emploi : plus de 5 millions de chômeurs en France et 30 millions en Europe.
– Avec la fin de notre système de sécurité sociale et familiale qui est programmée,
– Avec la mise en cause des principaux boucliers protecteurs de nos populations et les lieux de la démocratie de proximité que sont les communes et les départements.
– Avec le modèle social français et les services publics de proximité qui vont disparaître si nous ne réagissons pas ou si un silence discipliné tend à laisser passer l’inacceptable.
– Avec la remise en cause du statut de la fonction publique via le blocage des avancements d’échelon, des primes et des traitements… blocage déjà effectif depuis 4 ans pour le point d’indice.
Et malheureusement, je pourrais continuer cette liste.
Le gouvernement se prive de recettes et prive de ressources les collectivités et la Sécurité sociale, il ferme des lits d’hôpitaux, des maternités, les centres de soins de la CARMI, supprime massivement des postes d’inspecteurs du travail et ne tiendra pas ses annonces de création de postes d’enseignants.
Les finances locales vont subir et subissent déjà des amputations du fait d’un gouvernement qui n’est plus celui de la France mais celui du MEDEF et des lobbies actionnaires. C’est dans notre poche, c’est dans le saccage d’acquis démocratiques et de protection sociale remontant au Front Populaire et au Conseil National de la Résistance, que Hollande et Valls entendent trouver la solution à la récession dans laquelle leur politique et celle de l’Europe ont plongé notre pays.
L’Association des Maires de France s’insurge contre une réduction des dotations d’État aux collectivités envisagée d’ici à 2017, qui pourrait atteindre 24 milliards et non 10 milliards. Cette baisse est exigée par l’Europe, tout comme celle-ci exige de nouvelles coupes dans les dépenses de santé et de services publics.
Les municipalités sont conduites à faire le choix de réduire les dépenses d’investissements neufs - au détriment de l’emploi local - et de tirer toujours plus sur les dépenses de fonctionnement – avec des répercussions prévisibles sur la qualité et le maintien des services à la population.
L’austérité n’est pas la solution : c’est le problème. Démonstration en a été faite depuis 30 ans, de manière catastrophique ces dernières années en Grèce, en Espagne, au Portugal et dans tous les pays soumis aux sacrifices par la troïka du FMI, de la Banque Mondiale et de la Banque Centrale Européenne : avec de telles politiques d’austérité destinées à garantir un haut niveau de dividendes et de rente privée, à protéger les spéculateurs de tous poils, spécialistes en évasion fiscale, et sans lutte contre la vaste entreprise de dumping social européen, les gouvernements se rendent complices du pillage organisée des richesses nationales, celles qui sont le fruit de notre travail. Oui, nous parlons bien de vol en bande organisée dont sont victimes à Carvin comme ailleurs, les citoyens, les familles, les retraités, les salariés, les petits artisans et commerçants, de même que les collectivités.
L’austérité est soi-disant destinée à tenir le déficit budgétaire dans la limite des 3% du PIB - nous en sommes à 4,5% aujourd’hui - une limite arbitrairement fixée par Bruxelles et l’Allemagne, une Allemagne cherchant à préserver ses excédents commerciaux et un euro fort contre les autres pays européens.
La dette de la France est quant à elle passée à 95% du PIB, alimentée par les marchés financiers qui ne la voient pas d’un si mauvais œil puisqu’ils se nourrissent de ses intérêts remboursés à hauteur de 45 milliards par an, soit autant que le budget de l’Education Nationale. On est dans le crédit revolving. C’est pourquoi nous ne rembourserons jamais cette dette et c’est pourquoi aussi, sans politique alternative de gauche, l’austérité qui nous est imposée est une course sans fin, avec pour seuls inconvénients, si je puis dire, le risque d’une nouvelle explosion de la bulle financière et avec elle la misère sociale…
La réalité est que, sans mesures de relance massive de l’activité et de la consommation par le pouvoir d’achat, cette politique désastreuse est également stupide car elle prive l’État des recettes que de bonnes mesures de relance pourraient générer.
La mémoire des chiffres que je vais citer est nécessaire quand on préside aux destinées d’une commune… mais cette mémoire est également fragile tellement les médias sont discrets sur des données nationales qu’il faudrait pouvoir localiser au moment de ce débat budgétaire :
- 9 000 000 de personnes vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 980 €/mois, un triste record depuis 1997 ; combien à Carvin ?
- 90% des retraités du Nord/Pas-de-Calais ont moins de 1100 €/mois ; Combien à Carvin ?
- 600 000 familles sont menacées depuis le 15 mars par des coupures de gaz et d’électricité ; des centaines de milliers d’autres sont menacées d’expulsion de leur logement ; Combien à Carvin ?
- le CAC 40 est en hausse de 16% en 2013. Il regroupe les entreprises françaises parmi les plus grosses imposées seulement à 8% en moyenne, contre 33% pour les PME. Comment comprendre alors que le gouvernement a décidé de leur accorder 50 milliards supplémentaires en exonérations, crédits et baisses d’impôts ? Le pacte dit de « responsabilité », est en réalité une farce sans aucune contrepartie pour l’emploi… Et le soi-disant coût du travail a bon dos face à ce que coûte le capital !
- 550 personnes se partagent en France plus de 330 milliards de patrimoine et le total des dividendes versés en 2013 aux actionnaires a atteint la somme de 43 milliards, en augmentation de 6%, somme supérieure aux investissements productifs réalisés.
- Dans le même temps, le SMIC est généreusement passé de 9€43 à 9€53 de l’heure, et les dotations d’État aux collectivités, en baisse vertigineuse d’ici à 2017, vont empêcher celles-ci d’investir et de soutenir l’emploi local.
C’est pourquoi je réaffirme la nécessité de changer radicalement de politique. Il faut appliquer une vraie politique de gauche et seules la mobilisation et l’action citoyenne permettront de sortir des chemins battus du désastre et de la résignation.
Face à ce constat, il y a pire... L'austérité provoque la plus dangereuse des attitudes qui soit pour une démocratie : la défiance envers les institutions, la République, le modèle social français et la classe politique dans son ensemble. Le peuple abandonné laisse libre cours à ses « fantasmes » les plus irrationnels, même les plus absurdes, en se cherchant des bouc-émissaires faciles qu'ils vont trouver chez les plus faibles. Il est tellement plus facile de s'attaquer à ceux qui détiennent encore moins en les faisant passer pour des privilégiés : les étrangers, les musulmans, les Roms... Alors on stigmatise, on détourne les regards des vrais responsables vers des bouc-émissaires et on utilise les plus bas instincts pour que les puissants continuent leur forfait, que dis-je, leur véritable hold-up sur les peuples. Beaucoup ont ainsi utilisé ce filon de diversion. Le Front National, qui en a fait sa marque de fabrique, pouvant se permettre de jouer avec la démocratie pour mieux la détruire. La droite classique, qui a cru pouvoir sauver sa tête en reprenant à l'extrême-droite ses arguments et même notre actuel Premier Ministre, Manuel Valls, qui a stigmatisé à plusieurs reprises les Roms pour divertir le peuple et les chaînes d'info continue.
Enfumage, manipulation avec l'aide précieuse des médias inféodés à leurs propriétaires, les grands patrons du CAC 40, le cocktail était réuni pour faire éclater le peuple, le diviser et la fracture est profonde. Très profonde. Chez nous, elle s'est exprimé par une abstention record de près de 40 % à l'élection municipale et un niveau alarmant de l'extrême-droite sans programme, sans projet et surtout (et c'est ce qui me semble le plus grave et révélateur du caractère fasciste de ce parti), quasiment sans visage à part bien entendu celui de sa chef suprême utilisée telle une icône, un étendard...
Triste époque qui n'est pas sans nous rappeler celle des années 30, avec la montée du fascisme en Europe après une crise économique devenue sociale mais aussi, et c'est un espoir, une résistance qui fait encore aujourd'hui la fierté du peuple de gauche : le Front Populaire et sa politique de relance, d'avancées sociales, d'amélioration des conditions de vie.
Voila ce dont nous avons besoin : un véritable front du peuple contre celui de la finance et celui des idées nauséabondes de l'extrême-droite. Doivent se rassembler ceux pour qui le problème n'est pas l'immigré, le pauvre, le rom, l'homo ou le juif, mais bel et bien le monde de la finance qui invente de plus en plus de moyens de nous oppresser, de nous faire payer, de nous réduire à l'état de main d’œuvre corvéable abrutie qui préfère taper sur son voisin que prendre sa destinée en main par une insurrection citoyenne par les urnes. Un nouvel exemple de ce qui nous attend, c'est le traité transatlantique entre l'Europe et les Etats-Unis préparé en catimini dans le plus obscur des secrets par les magnats de la finance pour donner davantage de pouvoir aux entreprises transnationales qu'aux États, et par conséquent aux peuples, eux-mêmes. Nous devons réagir et aller créer ce nouveau front du peuple.
Ce monde au bord de la guerre (la situation en Ukraine est des plus alarmantes et inquiétante), doit retrouver des valeurs humaines positives pour guider sa destinée : la solidarité, le respect mutuel, l'égalité, la fraternité, le partage... Et c'est chacun de nous qui peut y contribuer. C'est ainsi qu'ici, à Carvin, ville voisine de la désormais tristement symbolique Hénin-Beaumont, nous pouvons œuvrer avec toutes les forces républicaines disponibles pour faire de notre ville un rempart contre les idées extrémistes de division du peuple. C'est dans ce sens que la politique municipale a son rôle à jouer. Il nous faut mettre en place les conditions nécessaires à la résurgence d'un vrai espoir populaire. C'est pourquoi notre groupe au si joli nom de « l'Humain d'abord » propose des solutions locales qui contribueront à rapprocher les Carvinois. TOUS les Carvinois ! Ces solutions nous les avons imaginées et exposées aux électeurs à travers notre programme qui n'a pas laissé indifférents bien des esprits, et pas seulement dans notre famille politique. Nous sommes enclins à la mise en place et à la réalisation de ces idées pour répondre aux enjeux actuels.